Quand je reviens dans ma chambre, je fonce dans la salle de bains. J'allume le robinet d'eau froide et m'asperge le visage. Pfiouu, ça remet les idées en place. Je relève ma tête dégoulinante et me regarde dans le miroir. Est-ce que c'est moi, Evan Culkin, que l'on dit tombeur de ces dames, qui viens de me faire tripoter par un mec ?? Je remarque que mon piercing saigne. Faut dire que Bill l'a tiré sauvagement, presque avec...rage. Mais pourquoi n'ai-je pas essayé de me débattre ? Je tressaille quand je repense à ce qui s'est passé quelques minutes plus tôt. C'est normal si j'ai chaud ?? N'empêche, il m'a bien pris pour un con. Il va certainement aller le dire à Tom, qui le répétera à Maiwenn, qui finira par l'avouer aux parents. Ma réputation est foutue. Mais ce n'est pas ça le pire...le pire, c'est que j'ai pris plaisir à cette espèce de petit jeu...j'ai aimé ça. Je me cache le visage de mes mains. J'ai vraiment trop honte. Et pourtant, je dois le dire à ma soeur...car nous nous confions tout, elle et moi.
(???) : Evan ? T'es là ?
Elle entre dans la salle de bains et me trouve là, les cheveux mouillés et l'air complètement paumé. Elle écarquille ses grands yeux verts.
(Maiwenn) : Qu'est-ce que t'as ? Ca va pas ?
(Moi) : Si, si, enfin nan, mais laisse tomber...c'était bien la promenade avec Bill ?
Ma voix se brise en prononçant son nom. Je me laisse glisser contre le mur et me retrouve assis par terre, les yeux perdus dans le vague. Une petite voix n'arrête pas de hurler dans mon esprit : "Tu es gay ! Homo ! Pd !". Ma soeur se précipite à mes côtés.
(Maiwenn, paniquée) : Mais merde, Evan, qu'est-ce qui se passe ???
(Moi, la voix tremblante) : Maiwenn, j'ai trop honte...je sais même pas comment t'annoncer ça...enfin, je ne le sais pas moi-même, donc...
Elle me prend dans ses bras. Sa chaleur et son odeur rassurante me calment un peu.
(Maiwenn, compatissante) : Tu sais, tu peux tout me dire, frérot...j'suis là moi...
(Moi) : Je sais pas trop...tout à l'heure, j'étais dans la chambre de Bill, il m'a chauffé, on va dire, et...j'ai aimé ça.
Elle se relève et me considère d'un air décontenancé. Pour ma part, je ne veux qu'une chose : oublier tout ça. Comme elle ne répond rien, je continue de parler.
(Moi) : Et ensuite...il m'a laissé en plan. En fait, il voulait juste jouer avec moi, tu vois ? C'est qu'un connard. Tu le savais, toi, qu'il était vraiment gay ???
Toujours aucune réponse. Je relève la tête pour voir ce qu'elle fout. Elle est adossée à la porte et a le regard fixé vers la chambre. Elle se tourne vers moi en se mordant les lèvres, genre : "Je crois que tu viens de dire une connerie, là". Et oui, car qui arrive sur le pas de la porte ? Bill ! Il arbore un sourire terriblement moqueur, ainsi qu'un air arrogant. Il a certainement entendu toute la conversation. Il joue avec les gens. Il les domine. Et il le sait.
(Maiwenn) : Bon, je vais peut-être vous laisser...
Elle commence à bouger. Je me mets debout avec la rapidité d'un éclair.
(Moi, d'une voix forte) : Non !!! Je viens avec toi !
Je ne veux pas me retrouver tout seul avec lui. Je me sens déjà assez humilié. D'ailleurs, je vais tâcher d'oublier cette histoire. Une fois arrivé dans l'allée du couloir, je me tourne vers ma soeur.
(Moi) : Ce soir, on sort ! Et je te promets que demain matin je ne serai pas seul dans mon lit !
Elle me pose un bras consoleur sur l'épaule.
(Maiwenn, avec un air un peu triste) : Tu sais, Evan, si tu es homo, ça me pose pas de problèmes...Essaie pas de te trouver une fille pour te prouver que tu es hétéro, si au fond de toi tu ne l'es pas...
Je repousse son bras avec violence. Je sens la colère monter en moi, parce qu'elle ne comprend rien.
(Moi) : Putain, mais t'as pas compris ? Je suis pas homo ! C'était juste...un accident.
(Maiwenn, en levant les yeux au ciel) : Si tu l'dis.
Elle s'éloigne vers sa chambre. Au même moment, Bill sort de la mienne. Dieu seul sait ce qu'il y faisait. Il me lance un regard que je ne saurais décrire, mais qui fait accélérer mon rythme cardiaque. Il me fait de l'effet. Je dois le reconnaître. Oh, et merde, ce soir, je sors et j'oublie tout !!!!!!!!!!!!!!!!!!! Je veux oublier cet épisode honteux, ma soeur, cette histoire, ce conflit qui fait rage en moi. Oui, car c'est bel et bien une guerre qui a commencé à se livrer en moi. Je me savais hétéro, et toutes mes croyances se sont effondrées en un instant. Tout ça pour les beaux yeux de Monsieur Bill Kaulitz. Mais après tout, ce n'était peut-être réellement qu'un accident. Ohhhh...où est la bouteille de vodka ?
***
Je suis de nouveau dans la salle de bains, et j'essaie de cacher la misère de mes cheveux nouvellement blonds. Il est 22h30. Ce soir, je vais aller draguer de la pouf. Il y en aura bien une qui sera assez docile pour rentrer avec moi...Une fois préparé, je descends dans le hall. Maiwenn, Tom, Gustav, Georg et Bill m'attendent. J'esquive le regard de Bill. Je ne me croyais pas aussi lâche....Nous sortons dans la fraîcheur de mars et gagnons une limousine noire et brillante. J'esquisse un petit sourire. Cette excursion en Allemagne a quand même du bon, même si...il y a eu quelques petits inconvénients. Nous nous installons sur les banquettes de cuir. Oh, non ! Bill est à côté de moi. Il me colle. Evidemment, ca ne peut arriver qu'à moi !Je sens déjà la sueur perler de mon front. Il ne faut pas qu'il me touche, il ne faut surtout pas qu'il me touche...Je frémis à l'idée qu'il l'ait répété à Tom, ou à n'importe qui d'autre. Mon dieu, la honte !
Georg : Beh t'as pas l'air bien, t'es constipé ?
Je sursaute quand je me rends compte que c'est à moi qu'il parle. Bill rigole. LUI, il sait.
(Moi, en bredouillant) : Nan, mais, je sais pas, je me sens...bizarre.
(Tom) : Nerveux peut-être à l'idée de rencontrer les bombes de Hambourg...t'as intérêt à t'accrocher si tu veux en ramener une ce soir...parce que c'est du gros calibre !
S'ensuit un débat pas très catholique sur la comparaison des poitrines des Hambourgeoises et des Berlinoises...Je participe pour tenter de cacher mon mal-être. Maiwenn regarde par la fenêtre et essaie de ne pas écouter cette conversation, qui, je sais, la fait sortir de ses gonds.
Au bout d'un moment, Tom, qui est à l'autre bout de la banquette, souhaite passer son téléphone à Bill pour lui montrer une photo. Celui-ci se penche pour l'attraper et (comme par hasard) effleure mon entrejambe au passage. Une réaction typiquement masculine se fait sentir dans mon boxer. Je respire profondément. La soirée s'annonce animée !!!
[Voilà voilà p'tit chapitre principalement basé sur les angoisses d'Evan...pour la suite, préparez vos maillots de bain, car il va faire chaud...très chaud ^^]